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Marée des mots — quand les paroles nous traversent

Photo du rédacteur: Delfine TRICHET-BOSMA
Delfine TRICHET-BOSMA
18 juin 2025
3 min de lecture

Les mots ne sont jamais complètement immobiles.

Ils circulent, se rencontrent, s’effacent et reviennent. Certains sont choisis avec soin. D’autres nous échappent. Ils peuvent apaiser, blesser, encourager ou réveiller un souvenir que l’on pensait oublié.

Avec Marée des mots, j’ai voulu représenter ce mouvement.

Une marée avance, recouvre, transforme le paysage puis se retire. Les mots peuvent produire le même effet en nous.


Quand les mots débordent

Il existe des moments où les paroles arrivent trop vite.

Une conversation, une lecture, une chanson ou une phrase entendue par hasard peut déclencher une succession de pensées. Les mots se mêlent alors aux émotions. Ils remplissent l’espace intérieur jusqu’à devenir difficiles à organiser.

Cette sensation peut être stimulante. Elle nourrit l’imagination et fait naître de nouvelles idées.

Mais elle peut aussi devenir envahissante.

On cherche alors à retenir certains mots, à en repousser d’autres ou simplement à retrouver un peu de silence.


Le livre comme passage

Dans la série Pages Obstinées, le livre occupe une place importante.

Il représente d’abord l’objet qui conserve et transmet les mots. Ses pages accueillent des histoires, des souvenirs, des connaissances et des mondes imaginaires. Mais le livre peut aussi devenir un passage vers autre chose.

Lorsque nous lisons, les mots imprimés ne restent pas sur le papier. Ils produisent des images, réveillent des sensations et rencontrent notre propre histoire.

Un même texte ne provoque donc jamais exactement la même réaction chez deux personnes. Chaque lecteur y dépose quelque chose de lui-même.


Des pages obstinées

J’ai choisi le nom Pages Obstinées pour évoquer les histoires et les images qui refusent de disparaître.

Certaines pages restent en mémoire longtemps après la fermeture d’un livre. Une phrase continue de nous accompagner. Un personnage revient dans nos pensées. Une émotion persiste sans que nous sachions toujours pourquoi.

Cette obstination peut également être celle de la création.

Une idée revient jusqu’à trouver sa forme. Elle traverse plusieurs essais, résiste aux hésitations et demande parfois du temps avant de pouvoir être montrée.

Les pages deviennent alors le symbole de ce qui insiste en nous.


Les fleurs et les mots

Les fleurs accompagnent cette série parce qu’elles possèdent elles aussi leur propre langage.

Elles peuvent évoquer la naissance, la fragilité, le souvenir ou le passage du temps. Elles grandissent, s’ouvrent puis se transforment. Comme les mots, elles peuvent être offertes, conservées ou associées à un moment particulier.

Réunir le livre et le végétal permet de faire dialoguer deux formes de mémoire.

Les pages conservent les récits. Les fleurs portent les émotions. Ensemble, elles composent un langage à la fois visible et intime.


Marée des mots, 2025 — Les paroles avancent, nous traversent et laissent en nous une empreinte.
Marée des mots, 2025 — Les paroles avancent, nous traversent et laissent en nous une empreinte.

Ce que nous gardons

Après le retrait d’une marée, le paysage n’est jamais tout à fait identique.

Les mots produisent eux aussi des traces. Une parole peut modifier notre regard, renforcer une conviction ou ouvrir un chemin inattendu. Même lorsqu’elle semble oubliée, elle peut continuer à agir discrètement.

Marée des mots parle de cette empreinte.

L’œuvre ne cherche pas à distinguer les paroles importantes de celles qui devraient être oubliées. Elle représente plutôt leur mouvement : leur arrivée, leur accumulation et ce qui demeure lorsqu’elles se retirent.


Donner une forme à l’invisible

Les pensées, les souvenirs et les émotions ne possèdent pas de forme précise.

La création permet de les rendre visibles sans nécessairement les expliquer. Le livre, les pages et les éléments végétaux deviennent alors des points d’appui. Ils donnent une matière à quelque chose qui, autrement, resterait intérieur.

Créer cette œuvre a été une manière de transformer le langage en image.

Les mots ne sont plus seulement lus ou entendus. Ils deviennent une marée que l’on peut observer, ressentir et interpréter librement.


Et vous, existe-t-il une phrase, un livre ou quelques mots qui continuent de vous accompagner ?



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