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Du croquis à la toile — changer de geste pour changer de regard

Photo du rédacteur: Delfine TRICHET-BOSMA
Delfine TRICHET-BOSMA
19 août
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 août

Avant la toile, il y a souvent une idée encore imprécise.

Le croquis permet de lui donner une première forme. Quelques lignes suffisent pour placer une silhouette, chercher un mouvement ou organiser l’espace. À ce stade, rien n’est encore définitif. Le dessin sert davantage à poser une intention qu’à prévoir exactement le résultat.

C’est un moment que j’apprécie particulièrement. Le trait reste libre. Il peut hésiter, disparaître ou repartir dans une autre direction.

Mais une fois le passage à la toile engagé, cette liberté change de nature.


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Accepter la matière

La peinture ne se laisse pas toujours contrôler.

La matière possède son épaisseur, son temps de séchage et ses réactions. Une couleur peut en recouvrir une autre. Un geste peut rester visible alors que je pensais le corriger. Un détail prévu dans le croquis peut finalement perdre son intérêt au contact de l’ensemble.

Cette part d’imprévu me déstabilise parfois. Elle m’oblige aussi à observer davantage.

Avec le numérique, je peux revenir en arrière, modifier une teinte ou déplacer une forme. Sur la toile, chaque intervention laisse une trace. Même lorsqu’elle est recouverte, elle participe à l’histoire de l’image.

Peindre demande donc une autre forme de confiance : avancer sans connaître parfaitement l’étape suivante.


Une inspiration, plusieurs interprétations

La série Inspiration africaine réunit plusieurs œuvres tel que Communion africaine, Plaine Afrique et Regard précieux.

Elles partagent une même source d’inspiration, mais ne cherchent pas à raconter exactement la même histoire. Chacune explore une présence, une atmosphère ou une manière particulière de regarder.

Dans Communion africaine, je m’intéresse à la rencontre et au lien. Plaine Afrique ouvre davantage l’image vers un territoire et un horizon. Regard précieux recentre l’attention sur l’expression et sur ce qu’un regard peut transmettre sans utiliser de mots.

Présentées ensemble, ces créations forment moins une série parfaitement uniforme qu’un cheminement. Elles montrent différentes étapes de ma recherche et différentes manières de traduire une inspiration.


Peindre rarement, mais autrement

Le fait de peindre peu rend chaque passage à la toile particulier.

Je ne retrouve pas immédiatement mes automatismes. Je dois réapprendre à doser, à attendre et à accepter que la matière participe elle aussi à la composition. Cette distance m’empêche parfois d’être complètement à l’aise, mais elle conserve aussi une forme de fraîcheur.

La peinture devient alors un espace d’expérimentation. Elle me permet de sortir de mes habitudes et de retrouver une création plus physique. Le geste mobilise le bras, le corps et la distance. Il faut s’approcher pour travailler un détail, puis reculer pour comprendre l’ensemble.

Cette alternance transforme progressivement l’image — et ma façon de la regarder.


Peinture représentant le face à face entre une femme dénudée et un éléphant
01_Communion_Africaine

Continuer à explorer

Je ne pense pas que la peinture deviendra mon moyen d’expression principal. Le dessin et le numérique restent au centre de mon univers.

Mais la toile m’apporte autre chose : une résistance, une lenteur et une part d’incertitude que je rencontre moins ailleurs. Elle me rappelle qu’une création ne doit pas toujours être parfaitement maîtrisée pour trouver sa justesse.

Entre le premier croquis et l’œuvre terminée, l’idée initiale se transforme. Certaines lignes disparaissent. D’autres prennent plus de place que prévu. La peinture impose ses détours.

C’est peut-être précisément pour cela que j’y reviens, même rarement. Et vous, aimez - vous découvrir les croquis et les étapes qui précèdent une œuvre terminée ?



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